Micro-entreprise ou SASU en 2026 : le seuil de bascule

Réponse courte

La SASU dépasse la micro-entreprise à partir d'environ 75 000 € de chiffre d'affaires en prestation intellectuelle, ou plus tôt si vos dépenses professionnelles réelles dépassent l'abattement forfaitaire de 34 %. En dessous, la micro gagne presque toujours : pas de comptable, pas de charges patronales, pas de bilan.

Le débat « micro ou société » se tranche rarement au feeling. Il se tranche avec deux chiffres : votre chiffre d’affaires et vos dépenses professionnelles réelles. Le reste — le prestige de la SARL, la peur du comptable — coûte ou rapporte beaucoup moins que ces deux variables.

Les deux logiques fiscales opposées

La micro-entreprise applique un forfait. L’administration considère que vous dépensez 34 % de votre chiffre d’affaires en frais professionnels (prestations intellectuelles, BNC), 50 % en prestations de services commerciales, 71 % en vente de marchandises. Elle ne vous demande aucun justificatif — et ne vous accorde rien de plus si vous dépensez davantage.

La SASU et l’entreprise individuelle au réel appliquent le réel. Vous déduisez ce que vous dépensez vraiment, à l’euro près, sur justificatif.

La question n’est donc pas « quel statut est le meilleur » mais « mes dépenses réelles dépassent-elles le forfait ? ».

Le point de bascule chiffré

Prenons un consultant en BNC, célibataire, une part fiscale, sans autres revenus du foyer.

Chiffre d’affairesFrais réelsNet microNet SASUÉcart
50 000 €4 000 €~30 500 €~27 000 €micro +3 500 €
70 000 €8 000 €~39 000 €~38 500 €quasi équivalent
83 000 €12 000 €~43 500 €~46 000 €SASU +2 500 €
120 000 €15 000 €interdit~66 000 €SASU seule possible

Les montants sont des ordres de grandeur : le simulateur de la page d’accueil recalcule tout avec votre foyer fiscal, vos frais cochés et votre option de versement libératoire.

Trois lectures :

  1. Sous 70 000 €, la micro gagne presque toujours. L’abattement forfaitaire est plus généreux que vos dépenses réelles, et la SASU traîne un coût fixe de comptable qui pèse lourd.
  2. Entre 70 000 et 83 600 €, tout dépend de vos frais. Un freelance qui loue un bureau, paye une mutuelle et un PER bascule bien avant celui qui travaille depuis chez lui.
  3. Au-delà de 83 600 €, la question ne se pose plus : le plafond micro est franchi, il faut choisir entre EI au réel et société.

Ce que la comparaison en euros ne dit pas

Un écart de 2 000 € par an en faveur de la SASU ne suffit pas à justifier le changement. À mettre dans la balance :

  • La protection sociale. Le président de SASU est assimilé salarié : indemnités journalières calculées sur le salaire, retraite du régime général. L’indépendant en micro cotise moins et acquiert moins de droits.
  • La charge administrative. Bilan, assemblée générale, dépôt des comptes, TVA. Comptez une demi-journée par mois, ou 2 000 € de comptable.
  • Le pilotage de la rémunération. En SASU, vous arbitrez entre salaire (cotisé, protecteur) et dividendes (flat tax à 30 %). C’est un levier réel, absent en micro.
  • L’irréversibilité pratique. Fermer une société coûte du temps et de l’argent. Fermer une micro prend dix minutes.

L’entreprise individuelle au réel, l’option oubliée

Entre les deux, l’EI au réel mérite un regard. Vous déduisez vos frais réels comme en société, sans créer de personne morale, sans comptable obligatoire, sans dividendes. Depuis la réforme 2026, l’assiette sociale est unique : 74 % du revenu brut (abattement forfaitaire de 26 %), ce qui simplifie beaucoup le calcul des cotisations.

C’est souvent le meilleur compromis pour un freelance dont les frais dépassent le forfait micro mais qui ne veut pas d’une société.

La méthode en trois étapes

  1. Listez vos dépenses professionnelles réelles annuelles, sans les arrondir vers le haut.
  2. Comparez-les à l’abattement forfaitaire de votre catégorie (34 %, 50 % ou 71 % du CA).
  3. Si le réel dépasse le forfait de plus de 30 %, simulez l’EI au réel et la SASU avant de décider.

Lancez la simulation avec vos chiffres — elle prend une minute et vous donne les quatre statuts côte à côte.

Questions fréquentes

La SASU est-elle plus intéressante que la micro dès 60 000 € de CA ?
Rarement. À 60 000 € de CA en BNC avec peu de frais, la micro laisse davantage en poche car l'abattement forfaitaire de 34 % dépasse les dépenses réelles et il n'y a ni comptable ni charges patronales à financer. La bascule se joue plutôt entre 75 000 et 90 000 €.
Peut-on passer de micro-entreprise à SASU en cours d'année ?
Oui. Vous créez la SASU, vous cessez l'activité en micro et vous facturez sous le nouveau numéro SIREN à partir de la date de création. Le chiffre d'affaires déjà réalisé en micro reste imposé selon le régime micro pour la période concernée.
Quel est le principal inconvénient de la SASU ?
Le coût fixe et la complexité : environ 2 000 € de comptable par an, des charges patronales de 42 % sur le salaire du président, des assemblées et un bilan annuel. Ces frais existent même une année où vous facturez peu.

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